Béatrice Picard :il faut toujours voir le bon côté des choses

PAR PHILIPPE MICHAUD

Avec une carrière s’étalant sur huit décennies, Béatrice Picard est l’une des comédiennes les plus prolifiques et les plus appréciées des Québécois. En plus d’être une formidable doubleuse, elle a interprété des rôles mémorables à la radio, au théâtre, à la télévision et au cinéma. Elle a joué avec les plus grands noms, tout en étant témoin et, bien sûr, actrice des innombrables transformations de l’art québécois.

Apprendre à procrastiner

Comme c’est le cas de bien des artistes, la pandémie a forcé Béatrice Picard à diminuer la cadence. D’ordinaire active, elle fait maintenant quelque chose qu’elle n’aurait jamais envisagé de faire auparavant : procrastiner.
« Avant, j’allais rendre visite à ma famille, je me rendais au théâtre deux ou trois fois par semaine, au concert, dans les musées. Je n’avais pas le temps de procrastiner », explique-t-elle.
À force de s’amuser avec des mots croisés et des casse-tête, la nonagénaire a réalisé que la procrastination n’avait pas que des mauvais côtés : « Je me suis rendu compte qu’on est plus réceptif après pour faire le travail qu’on a envie de faire. »
Après ces moments de détente, elle a ainsi souvent l’habitude de faire des lectures plus sérieuses ou de travailler sur des projets.

Je suis allée au théâtre, au musée, au
concert. Là, mon esprit s’est ouvert à
tout ça. […] Au théâtre, il y a des ondes
entre la salle et la scène. Ç’a été pour
moi une révélation. Je me suis dit :

je veux être comédienne.

Une éternelle optimiste

Même si la pandémie a bouleversé son quotidien, Béatrice Picard demeure optimiste quant à l’avenir :
« Mon verre a toujours été plein, jamais à moitié vide. »

Mon verre
a toujours été
plein, jamais à
moitié vide.


Elle exhorte d’ailleurs les Québécois à participer à la campagne de vaccination. « Moi je suis pour le vaccin. Peut-être que ce ne sera pas efficace à 100 %, mais il faut le prendre pour notre santé physique et mentale », glisse-t-elle.
Au début de la pandémie, Béatrice Picard avait également imploré les aînés de respecter les directives de la Santé publique. Depuis, elle n’a pas changé d’avis, même si le gouvernement a parfois dû revenir en arrière peu de temps après avoir annoncé de nouvelles mesures.
« C’est important pour tout le monde de respecter les consignes, [car] enfreindre les règles peut avoir des conséquences graves sur notre santé et celle des autres ».

Curieuse de nature
Tout au long de sa carrière, Béatrice Picard a fait preuve d’une immense curiosité. « Moi, c’est comme ça que j’ai avancé : en voulant tout voir et tout connaître », dit-elle. Bien qu’elle soit maintenant l’une des plus anciennes membres de l’Union des artistes, elle soutient que sa soif de connaissance est toujours aussi grande, comme si elle était encore au début de sa carrière.
« Moi j’ai encore 30 ans et toute la vie devant moi. Ça veut dire aussi que si j’ai 30 ans, j’en ai encore beaucoup à apprendre. »
Quotidiennement, l’artiste se fait le devoir d’apprendre quelque chose de nouveau, une habitude qu’elle compare au p’tit bonheur que Félix Leclerc ramassait sur le bord du fossé dans sa fameuse chanson. « Chaque jour, ça me prend mon petit bonheur », poursuit-elle

Le théâtre, encore et toujours
Durant son immense carrière, Béatrice Picard a joué dans plus de 200 pièces de théâtre, dont Harold et
Maude (Théâtre Jean-Duceppe) en 2017. À l’origine, elle se destinait toutefois à une tout autre carrière. « Je ne voulais pas faire du théâtre, au départ. Moi, je voulais être avocate et défendre la veuve et l’orphelin. »

‘Quand je joue au théâtre, j’ai toujours
eu comme principe d’arriver à la première
rencontre comme une page blanche. Je
suis prête à recevoir ce qu’on a à me
donner. Après ça, je façonne. Je suis
comme l’architecte de ce qu’on m’a
donné. Et puis, le rôle vient.”


Elle se souvient que pendant son adolescence, elle avait demandé à son père de l’inscrire à une école lui permettant de faire son cours classique, comme les garçons de l’époque. Finalement, il lui avait trouvé un établissement offrant ce type de formation.
« J’étais la seule fille dans cette bande de garçons, qui étaient peut-être une vingtaine ou une trentaine »,
se rappelle-t-elle.
C’est quand elle est allée pour la première fois en Europe, à l’âge de 17 ans, qu’elle a eu un coup de foudre pour l’art dramatique. « Je suis allée au théâtre, au musée, au concert. Là, mon esprit s’est ouvert à tout ça. […] Au théâtre, il y a des ondes entre la salle et la scène. Ç’a été pour moi une révélation. Je me suis dit : je veux être comédienne. »
De retour au Québec, elle a terminé son cours classique, mais n’est pas entrée à l’université. À l’époque, il n’y avait cependant pas d’école de théâtre. Les apprentis acteurs devaient plutôt aller voir des personnes d’expérience pour être guidés. Comme bien des comédiens de sa génération, Béatrice Picard est entrée en contact avec madame Jean-Louis Audet, qui lui a fait travailler l’expression et la diction.
Et si c’était à refaire, prendrait-elle le même chemin?
« Je suis bien contente d’avoir fait ce métier-là parce que je n’aurais pas aimé ça me battre tout le temps
pour quelque chose. Je n’aime pas perdre », avoue-t-elle avec un sourire dans la voix.

La courroie de transmission
Même si Béatrice Picard a joué plusieurs rôles à la télévision, notamment dans Un gars, une fille, elle ne pourrait pas vivre sans la scène : « Le théâtre, c’est ma vie », lance-t-elle avec confiance.
« À la télé, on travaille très vite. On vous donne un rôle, vous apprenez votre texte et tout de suite, on tourne. On ne prend pas le temps de répéter. Et ça demande beaucoup de dextérité. Je dis chapeau à ceux qui réussissent à faire des choses bien en travaillant aussi vite. Moi, je ne suis pas capable de travailler comme ça. J’ai besoin d’incuber, je cherche
beaucoup. »
Au contraire, le théâtre lui offre suffisamment de temps pour être en pleine possession du personnage qu’elle incarne.
« Quand je joue au théâtre, j’ai toujours eu comme principe d’arriver à la première rencontre comme une page blanche. Je suis prête à recevoir ce qu’on a à me donner. Après ça, je façonne. Je suis comme l’architecte de ce qu’on m’a donné. Et puis, le rôle vient. »
Elle compare le travail d’un comédien à celui d’une courroie de transmission : « Si on transmet bien à la salle, c’est là que les émotions vont naître. »

Une femme aux mille et un talents
Si le théâtre occupe une place de choix dans le cœur de Béatrice Picard, l’officière de l’Ordre national du Québec a également fait beaucoup de doublage, ce qui lui permettait d’avoir un gagne-pain entre les représentations.
« Pour gagner sa vie au théâtre, il faut à peu près tout faire. Il faut prendre ce qui passe parce que vous ne savez jamais si ce ne sera pas le régime sévère aujourd’hui ou demain. Le doublage me permettait de survivre et ne m’empêchait pas de jouer au théâtre lorsqu’une pièce arrivait. »


Porte-parole du Salon des aînés de Saint-Jérôme
Bien que la COVID fasse encore partie de nos vies, Béatrice Picard a déjà quelques projets pour les prochains mois. Non seulement elle prévoit jouer dans une pièce en 2022 (si les mesures sanitaires le permettent), mais elle sera également porte-parole du Salon des aînés de Saint-Jérôme, qui doit se tenir du 17 au 20 septembre 2021.
L’édition de cette année sera virtuelle et l’artiste y donnera une conférence dans laquelle elle présentera les principaux jalons de sa vie professionnelle.
Il y a aura aussi des conférences sur les testaments et les soins à domicile.
Si le Salon s’adresse d’abord aux aînés, la comédienne espère que les plus jeunes y participeront, notamment ceux et celles qui ont des parents vieillissants. Ils pourront y obtenir de précieux renseignements qui les aideront à mieux accompagner leurs père et mère.


Salon des aînés de Saint-Jérôme
www.salondesaines.ca

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