ELLE QUITTE SON EMPLOI ET LE FOYER FAMILIAL Pour prendre soin de ses tantes et de sa mère

Par Jacques Laplante

Tellement puissants, les liens du sang incitent parfois à poser des gestes audacieux, à faire le sacrifice suprême. Sylvie Lavigne, une résidente de Lachute, en sait quelque chose. Ce sont les liens du sang qui l’ont amenée à mettre un terme à sa belle carrière en administration, et encore plus impressionnant, qui l’ont poussée à quitter le foyer familial.


On ne quitte pas une carrière de 32 ans et un bon salaire, ni le domicile familial que l’on partage depuis tant d’années avec un conjoint et deux enfants sur un coup de tête. Avant que Sylvie n’en arrive là, que de nuits blanches passées à ressasser la situation.


Depuis une dizaine d’années, Sylvie combinait son travail aux services administratifs d’un hôpital à son rôle d’épouse, de mère et d’aidante naturelle auprès de ses deux tantes, Germaine et Jeannine, âgées respectivement de 93 et 96 ans. Les deux sœurs nonagénaires n’avaient ni conjoint ni enfants, personne donc pour s’occuper d’elles, sinon leur nièce Sylvie.


Au début, Sylvie arrivait à combiner toutes ses occupations, quoique le rythme était essoufflant par moments. Puis, lorsque la condition de l’une des tantes se détériore, il y a deux ans,la proche aidante ne peut suffire à la tâche. Deux solutions s’offrent alors à elle : ou bien elle s’occupe des deux sœurs à temps plein, ou bien elle leur trouve une place en CHSLD. Mais cette option torture Sylvie, car les deux sœurs ne pourront pas emménager au même centre. Sylvie ne peut se faire à l’idée de les séparer. Germaine et Jeannine ont toujours vécu ensemble et pour la dernière étape de leur vie, il faudrait les éloigner définitivement l’une de l’autre! Quelle peine douloureuse à leur infliger, d’autant plus que Germaine, maintenant en fin de vie, a formulé le souhait de mourir à domicile.
On ne les séparera pas, décide finalement Sylvie qui obtient de son employeur un congé de compassion, congé qui ne peut cependant excéder six mois!


Mais la proche aidante ne retournera jamais au travail. Peu de temps après le décès de tante Germaine, c’est la maman de Sylvie, Irène, qui devient malade. Son état demande que l’on s’occupe d’elle quotidiennement. Impossible pour Sylvie de faire la navette entre la résidence de maman et de tante Jeannine. Maman emménage donc avec sa fille et Jeannine, sa belle-sœur. Le hic, c’est que le congé de compassion est terminé. Quel dilemme! Sylvie prend la décision de faire le don de soi et, après avoir quitté son foyer, voilà qu’elle prend une autre décision importante: une retraite prématurée!


« D’une certaine façon, la décision de ne plus habiter temporairement avec mon conjoint et mes enfants était plus facile à prendre, raconte Sylvie. Dans le début vingtaine, les enfants étaient assez vieux pour s’organiser… puis mon mari et moi, on se voit quand même chaque jour. Il vient souper et passer les soirées avec moi alors que mes enfants viennent me voir deux ou trois fois par semaine. De plus, nous nous réunissons tous lors des grandes occasions comme aux anniversaires, à Noël, au Jour de l’an, à Pâques,à l’Action de grâce et autres.


Indépendamment de ce que j’ai dû laisser – mon travail, mes amis, mes collègues et ma famille –, prendre sa retraite à 56 ans, c’est un pensez-y bien. Ne pas savoir ce que seront nos
lendemains, c’était ça, la couleur de mes nuits. Un lâcherprise catégorique.
Mais mon cœur me disait de suivre mon intuition. C’est ce que j’ai fait, et ce, avec le précieux appui d’André, mon conjoint, et de mes enfants Maxime et Kevin. J’ai fait ce choix par respect et par l’appel du cœur. Aujourd’hui, quand je prends un peu de recul, je me sens fière de ce que j’ai accompli et fière aussi des valeurs que je lègue à mes enfants.»6

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