chaque Solitude a Son hiStoire!

Par Jacques Laplante

Fléau des temps modernes, la solitude afflige plus de 200 000 aînés au Québec. pourquoi sont-ils seuls? eh bien, il y a autant d’histoires que d’affligés!

Pour Gudy Bischof, c’est une histoire d’amour qui est derrière cet isolement.Fille unique, née en Allemagne en 1940d’un père allemand et d’une mère française, Gudy a grandi en Suisse. C’est là qu’elle rencontre « son beau Francis », un soldat français engagé dans la guerre d’Algérie. Tous deux sont amoureux fous et rien ne compte plus dans leur vie que la présence de l’autre. Fiancés, ils décident de se marier aussitôt que Francis reviendra de sa mission en Algérie. Mais voilà, Francis n’est jamais revenu. L’amour de sa vie est mort au combat quelques semaines seulement avant le mariage! La douleur est indescriptible. Les années ont beau défiler, elle persiste et persiste encore.
Le temps n’arrange pas toujours les choses, si bien que, à 26 ans,Gudy a un besoin irrémédiable de changer d’air et décide de s’établir à Montréal. Parlant couramment français, anglais et allemand, elle n’a aucun mal à se dégoter un job. Ce sera en publicité, puis plus tard à l’aéroport de Mirabel qui vient tout juste d’ouvrir.Cadre de haut niveau dans la section cargo, Gudy s’y consacre corps et âme. L’esseulée a trouvé son refuge.
« Je travaillais, travaillais et travaillais! Rien d’autre ne comp tait pour moi. Les journées de 14, 15 et 16 heures étaient courantes. J’étais devenue une workaholic. J’étais isolée du reste du monde, mais je me sentais bien.»
Cette sortie de secours ne lui fait pas oublier Francis. Elle ne l’a jamais oublié d’ailleurs, et c’est la raison qu’elle donne quand on lui demande pourquoi elle n’a pas tenté de se refaire une vie amoureuse.
«C’est l’homme de ma vie, dit-elle. J’étais tellement heureuse avec mon fiancé… Aucun autre homme ne pourrait m’ap porter un bonheur comme celui que m’a donné Francis. Alors…»
Mais le destin n’en a pas fini avec Gudy. Peu de temps avant qu’elle ne soit transférée à Dorval en raison de la fermeture de l’aéroport de Mirabel, elle est victime d’un sévère anévrisme, ce qui met fin à sa carrière. Après une vie professionnelle pour le moins accaparante, Mme Bischof passe ses journées seule à sa maison dans les Laurentides avant d’être contrainte à emménager, quelques années plus tard, en résidence pour aînés.

Seule dans son petit logement, elle n’a pour compagnons que ses souvenirs. Gudy considère même normal qu’il en soit ainsi sauf que, maintenant, c’est
devenu très difficile; c’est à la limite de l’insupportable. « Manger seule sans personne à qui parler, c’est terrible, encore plus à Noël et au Jour de l’An; des Fêtes bien trop longues quand on est seul. Et c’était pire à mon anniversaire…»
Seule consolation, Gudy pouvait recevoir deux ou trois cartes de souhaits pour son anniversaire, mais ce n’est pas ce qui l’empêchait de pleurer. « Bien oui, il m’est arrivé souvent de pleurer d’ennui…»
Il y a deux ans, Gudy a fait la rencontre des Petits Frères grâce à l’intervention de l’organisme Vigilance. On l’a jumelée à Marie-Soleil Dauphinais, une bénévole des Petits Frères, et dès lors, sa vie a changé du tout au tout.
«C’est magnifique. Je suis heureuse maintenant, raconte Gudy. Elle vient me voir très souvent et entre ses visites, elle m’appelle. Si je m’ennuie, c’est moi qui lui téléphone. Elle m’invite même dans sa famille pour prendre un repas. Je con nais son mari, ses trois charmants enfants et ses trois beaux chats. Marie-Soleil, c’est mon ange…»
«Les Petits Frères m’ont également invitée cet été à passer cinq jours à leur superbe maison de campagne, le Domaine Juliette-Huot à Oka. C’est tellement beau. J’adore les arbres, et c’était merveilleux de me promener en forêt. Mais je suis tombée malade à la deuxième journée et on a dû me conduire à l’hôpital. J’ai manqué ça. J’espère beaucoup y retourner et faire mes cinq jours…»

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