On les appelle Les Mémorables.

Par Stéphane Bergeron
VIE ET SOCIÉTÉ

Tout simplement parce qu’ils font revivre à leur public de mémorables souvenirs et que, en leur présence, ce public passe une mémorable soirée. Alain Bourgouin, 56 ans, et son fils Michael, 26 ans, forment depuis peu ce duo de musiciens qui interprète les plus grands succès des années 50, 60 et 70.


succès instantané
L’idée a germé dans la tête du père, lequel caressait depuis longtemps ce projet de monter un spectacle avec son fils et d’aller le présenter dans les grands complexes pour retraités.
« Il y a un grand besoin à combler de ce côté-là », dit-il, conscient de la force évocatrice de la musique et de son pouvoir sur un auditoire.
Si bien que l’engouement suscité par Les Mémorables est instantané. La direction du Manoir Louis Jolliet, cette résidence pour personnes âgées de Joliette appartenant au Groupe Magistral, a eu du flair en accueillant le tandem père fils pour sa première prestation, un certain 30 mai 2018. La magie a opéré, et le bouche à oreille a fait son œuvre. Si bien que, un an plus tard, Alain et Michael estiment avoir promené leur spectacle une centaine de fois à travers le Québec, incluant une tournée de Noël de 21 jours. «Deux guitares, deux voix: la formule fonctionne», mentionne le fils qui a tout appris de son père, lui qui a commencé à gratter la guitare vers l’âge de 8 ou 9 ans.
Le succès fut tel que Michael s’est vite retrouvé à la croisée des chemins. Deux mois plus tard, il quittait son job de paysagiste, troquant ses bottes de travail pour les souliers vernis.


Faire la différence
Tout comme son père, Michael a vraiment l’impression de faire une différence dans la vie des gens. Et les témoignages en ce sens affluent au fil des spectacles. Comme cet homme âgé, alité depuis un mois, qui avait non seulement assisté à leur prestation offerte à sa résidence, mais qui avait égale ment trouvé l’énergie pour danser avec sa fille tellement il
était porté par les souvenirs que lui inspirait la musique.
«C’est un peu comme redonner au suivant», glisse au passage le paternel. Son fils rappelle aussi la fois où un octogénaire est allé les voir pour leur signifier que, dès les premiers accords de Oh, PrettyWoman, il s’était aussitôt retrouvé à bord d’un navire de guerre dont il lavait le pont à la moppe alors qu’il écoutait ce succès de Roy Orbison par le truchement de la radio.
Partout où ils se produisent, l’émotion est palpable. Les spectateurs se laissent souvent bercer les yeux fermés pour mieux se projeter dans le passé, tapent du pied, frappent des mains ou suivent le rythme du ciboulot. «Y’a des gens qui pleurent aussi», soulignent-ils en évoquant ces larmes que font parfois jaillir de doux et lointains souvenirs associés à ces grands succès qui ont marqué les années 1950 à 1970.


Élargir le public

À la Saint-Valentin, Les Mémorables tenaient l’affiche à la résidence Les Marronniers qui abrite, à Laval, une magnifique salle de spectacles de 500 places, laquelle avait accueilli avant eux une pléiade de vedettes dont Michel Louvain, Mario Pelchat, Garou, le quatuor Tocadéo et la diva soprano Nathalie Choquette.
Et qu’en est-il des résidences qui ne disposent pas d’installations scéniques pour les accueillir? Qu’à cela ne tienne! Celles-ci s’organisent pour transporter leurs résidents dans une salle de spectacles à proximité. C’est ainsi que cinq résidences pour personnes âgées ont nolisé des autobus pour se rendre, le 9 septembre prochain, à la Salle Anaïs-Allard Rousseau de la Maison de la culture à Trois-Rivières où le duo père-fils jouera à guichets fermés.
Pas plus tard que le 15 juin, le grand public a eu la chance de découvrir Les Mémorables sur la scène du festival Ça roule au bord de l’eau à Sainte-Anne-de-Bellevue. Dans un cadre enchanteur où les voitures antiques étaient en vedette, le duo a fait revivre les grands succès de Bruce et les Sultans, Pierre Lalonde, Buddy Holly et l’unique Elvis Presley.
«Ils sont plusieurs à nous suivre sur notre page Facebook et à nous demander où ils peuvent nous voir en spectacle. Nos fans ont aussi 25, 30, 40 et 50 ans», souligne Alain Bourgouin qui entend bien étendre son réseau de diffusion aux grandes salles de la province de même qu’aux événements corporatifs et privés, tels les anniversaires de mariage, précise-t-il.
Flairant la bonne affaire, quelques producteurs et impresarios les ont bien sûr courtisés. Sauf qu’ils désiraient essentiellement les produire dans le circuit des bars et cabarets. «Ce n’est pas du tout notre style, fait valoir le père. Ce n’est pas là qu’on s’en va.»
Rien ne presse, renchérit le fils pour qui la parfaite adéqua tion se résume à «un producteur qui fera briller Les Mémorables tout comme on le fera briller».


mini-album
Pour le moment, les fans peuvent toujours se rabattre sur le mini-album acoustique qu’ils ont lancé au printemps. Enregistré au studio Monocube à Saint-Jérôme, ce EP (Extended Play) contient cinq plages audio, dont la première offre un medley de Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy et Il faut savoir de Charles Aznavour. Comme j’ai toujours envie d’aimer de Marc Hamilton, J’entends siffler le train de Richard Anthony, Quand on est en amour de Patrick Normand et True Love Ways de Buddy Holly complètent les succès gravés sur ce premier CD. Ce EP a d’ailleurs inspiré au duo Les Mémorables un spectacle intimiste qu’il promène à travers les complexes pour retraités. «Formant une demi-lune, les gens prennent place sur la scène où l’on joue chacune des pièces tout en racontant quelques anecdotes ayant ponctué la réalisation du mini-album», explique Michael. S’ensuit une séance de dédicaces et de photographies avec les artistes devant leur décor.


Complicité
Mais ce qui distingue par-dessus tout Les Mémorables, c’est leur complicité sur scène, affirment le père et le fils qui ont un plaisir fou à travailler ensemble. «On se taquine sans cesse; l’ambiance y est à la fois théâtrale et détendue, ce que le public apprécie beaucoup.»


Habillés par L’Aubainerie Concept Mode de Saint-Jérôme,
Alain et Michael Bourgouin se disent privilégiés de pouvoir vivre ainsi leur rêve… tout en faisant rêver leur auditoire

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